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“20 à 30% moins cher qu’en officine”

La vente en ligne de médicaments est autorisée en France depuis juillet dernier. Cyril Tétart, pharmacien à Villeneuve-d’Ascq (Nord), a été l’un des pionniers du secteur avec son portail www.lasante.net. Un prolongement de son officine qui propose plus de 500 produits non soumis à prescription médicale (les seuls commercialisables en ligne). Après quelques mois d’exploitation, les ventes tardent encore à décoller.

Touslesbudgets.com : Quel bilan dressez-vous de ces dix mois de vente en ligne ?

Cyril Tétart : Actuellement, nous comptons entre 30 et 40 commandes par jour. Ce n’est pas beaucoup car nous ne sommes pas encore connus. Pour être à l’équilibre financier, il faudrait évoluer entre 100 et 150 commandes par jour. La vente en ligne n’est pas rentable à court terme, mais d’ici quatre à cinq ans, elle le sera. Je reste persuadé de l’intérêt du système, car il n’est pas fait uniquement de vente, mais aussi de conseil. Notre gros souci, c’est de ne pas pouvoir faire de publicité, car le site est le prolongement (obligatoire, ndlr) de la pharmacie, qui elle-même n’a pas le droit d’en faire.

TLB : Quel est le profil des acheteurs ?

C.T. : Un peu tout le monde, avec une dominante de personnes de 35-40 ans, qui connaissent leurs premiers problèmes de santé ou ont des enfants en bas âge. Nous avons aussi des gens de plus de 60 ans qui maîtrisent Internet. Géographiquement, 4% seulement sont issus du Nord-Pas-de-Calais, et 96% du reste de la France, pour un panier moyen de 40 euros, soit six produits en moyenne par commande. Sachant que les commandes varient de 12 à 300 euros.

TLB : Finalement, quel intérêt pour le consommateur d’acheter en ligne ?

C.T. : Cela permet à des gens qui n’ont pas facilement accès aux soins -personnes handicapées ou sans voiture, familles avec enfants en bas âge, etc.- de les avoir. Il y a aussi les déserts pharmaceutiques, avec 150 à 200 officines qui ferment chaque année en France car leur rentabilité baisse. On peut tout faire sur Internet, nous étions les derniers à ne pas y être. Il fallait le faire, ne serait-ce que pour éviter le développement de la contrefaçon.

TLB : Comment, d’ailleurs, faire la différence entre un site « sérieux » et un autre qui ne l’est pas ?

C.T. : En voyant s’il est connu, s’il apparaît sur le site du Conseil de l’ordre, qui publie la liste des 55 sites autorisés à vendre des médicaments sur Internet. C’est le moyen le plus sûr. Et méfiez-vous si vous voyez que le site vend du Viagra (uniquement sur ordonnance, ndlr).

TLB : Quel est l’impact de la vente en ligne sur les prix des médicaments ?

C.T. : On ne trouve déjà que les médicaments non soumis à prescription. Leur prix est de 20 à 30% moins cher qu’en officine. Quant aux raisons qui poussent à l’achat, sur Internet, on s’aperçoit que le prix n’arrive pas en premier, quel que soit le secteur d’activité. C’est le coté pratique qui est plébiscité. Dans notre cas, le prix n’arrive qu’en troisième ou quatrième position. On regarde d’abord si le produit est intéressant, les délais de livraison…

TLB : L’achat sur le Net ne prive t-il pas le client du conseil du pharmacien ?

C.T. : On passe trois à quatre heures par jour à faire du service client. Les trois-quarts du temps, il s’agit de gens qui posent des questions sur les produits, même si beaucoup achètent sur Internet en connaissant déjà leurs médicaments. Et il n’y a pas de produits extrêmement nocifs en vente en ligne.

TLB : Quels sont les produits les plus achetés sur le site ?

C.T. : Les produits pour arrêter de fumer en premier, suivis des produits « honteux », parmi lesquels ceux contre les hémorroïdes, contre la chute des cheveux, ou tout ce qui touche à la gynécologie. En troisième position viennent les produits « connus », type Lysopaïne. Les habitudes de consommation sont un peu différentes. Mais avec le recul, c’est tout à fait logique.

TLB : On a l’impression qu’acheter ses médicaments en ligne met du temps à entrer dans les mœurs ?

C.T. : Sur cent personnes que nous avons interrogées, un tiers sait que l’on vend sur Internet. Mais parmi eux, beaucoup mélangent tout, et ne savent pas réellement ce que l’on peut y achteter. On est aux balbutiements de la vente de médicaments sur le Net. En Allemagne, pourtant moins consommatrice de médicaments, le chiffre d’affaires de la vente de produits de « médication familiale », ceux sans prescription et non remboursés, est de 763 millions d’euros. Aujourd’hui, en France, on doit être à deux millions d’euros maximum. Le marché est gigantesque. Mais les gens n’ont pas encore confiance car le Conseil de l’ordre et les syndicats (par leurs appels à la prudence, ndlr) font tout pour brandir le drapeau noir. Ils font peur aux clients.

TLB : Si le succès n’était pas garanti, pourquoi s’être lancé dans l’aventure du e-commerce ?

C.T. : Parce que la pharmacie va très mal en France, car l’État veut faire des économies sur la sécurité sociale. Donc on « tape » sur les médicaments, et les marges des pharmacies baissent. Il y a dix ans, on se disait qu’on était tranquille en en ouvrant une. Aujourd’hui, il faut trouver de nouveaux leviers de croissance. J’ai commencé à m’intéresser au e-commerce en 2011, en cherchant un canal de distribution supplémentaire, un prolongement de ma pharmacie. Mais c’est un investissement financier très important. Au final, d’ici un an, je pense que l’on sera 200 à 300 à vendre en ligne, mais pas plus par la suite. Les pharmaciens ne maîtrisent pas le e-commerce et il faut investir des centaines de milliers d’euros pour avoir une rentabilité sur quatre, cinq ou dix ans.

Propos recueillis par Benjamin Hay

Lire aussi : Vente de médicaments sur le net : les pharmaciens n’y croient pas

Illustration Wikimedia- H.Luyken / Doc.remis

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