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« Dans les foires aux vins, le meilleur côtoie le pire »

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Depuis 1973, les foires aux vins sont de ces traditions du mois de septembre où le porte-monnaie desserre son étreinte. Alain Chameyrat, directeur du Guide des vins de France, journaliste spécialisé et plusieurs fois champion et vice-champion de France de dégustation, éclaire touslesbudgets.com sur la valeur des foires aux vins organisées par la grande distribution. Le tout servi avec quelques astuces pour ne pas se tromper.

TLB : Peux t-on faire de bonnes affaires au cours des foires aux vins organisées par la grande distribution ?

Alain Chameyrat : Bien sûr. Les foires aux vins représentent le tiers des ventes annuelles de vin pour les grandes surfaces. On y retrouve donc une grande quantité de bouteilles, et le meilleur y côtoie le pire. Il ne faut donc pas y aller les yeux fermés, sachant que les meilleures cuvées ne se retrouvent pas, lors des foires aux vins, dans les rayons de la grande distribution. Pour une question de valorisation de la production mais aussi parce que le producteur ne sera pas intéressé de négocier avec la distribution alors qu’il peut vendre à bon prix directement auprès d’amateurs. En revanche, certains crus produits à grand volume se retrouvent en foires aux vins. Par exemple, les trois quarts des crus classés de Bordeaux y sont, les producteurs étant obligés de passer par la grande distribution pour écouler leur production. Mais pas les cuvées rares de Bourgogne ou de Champagne. Dans tous le cas, il faut chercher et ne pas acheter la première bouteille sur laquelle on tombe.

TLB : La foire aux vins fait figure d’incontournable de la rentrée. A quoi le doit-on ?

A.C. : En réalité, il y a deux périodes : septembre et le printemps, qui ne connaît pas vraiment un grand succès. Pour la grande distribution, septembre correspond à un « avant-Noël », alors qu’au printemps, le consommateur réfléchit plus à l’organisation de ses vacances qu’à se constituer une cave. En septembre et en octobre, avec l ‘arrivée des premières températures fraîches et les fêtes qui arrivent bientôt, l’esprit est davantage disponible pour acheter du vin pour l’automne et l’hiver. Leclerc, à l’origine des premières foires aux vins il y a une vingtaine d’années, a dû se dire qu’il valait mieux éviter les fêtes, l’été et janvier, où les finances ont été « réduites » par les fêtes.

TLB : Sur Internet aussi, on trouve des prix réduits pendant la période des foires aux vins. Cela a t-il changé quelque chose dans les rayons des grandes surfaces ?

A.C. : Les foires aux vins regroupent trois acteurs principaux : la grande distribution, les acteurs intermédiaires ou « de proximité » (Monoprix ou Nicolas, par exemple), et les sites de vente en ligne, qui proposent également des cuvées en plus petite quantité. Dès lors, il est difficile de dire s’il vaut mieux acheter à l’un plutôt qu’à l’autre. Dans la grande distribution, on trouve les prix les plus serrés. Sur la proximité, on va trouver plus de qualité mais plus cher, et les vépécistes proposent quant à eux des cuvées plus rares et donc plus chères.

TLB : Dans les foires aux vins, trouve t-on plutôt du vin à consommer rapidement ou du vin à conserver ?

A.C. : Les deux sont possibles. C’est le vin que l’on achète qui va faire qu’on le conservera ou non, qu’il s’agisse d’un Bordeaux, d’un Bourgogne grand cru, d’un Muscadet ou d’un rosé. On aura intérêt à boire ces deux derniers dans l’année. A titre d’exemple, dans les magasins Monoprix, tout au long de l’année, plus de 80% des vins achetés sont bus dans la journée.

TLB : Quel budget faut-il prévoir avant de se lancer dans les rayons ?

A.C. : Il est délicat de dire quel « budget-type » prévoir. Pour 100 euros, il est possible de trouver une caisse de douze bouteilles à consommation rapide et de qualité. Un vin cher n’est pas toujours un bon vin, ce n’est pas gravé en lettres d’or. Les vins les moins chers sont très généreux et offrent un plaisir immédiat. Simplement, les coûts de production d’un bon vin sont tellement élevés qu’à deux ou trois euros, il est très difficile d’en trouver. Maintenant, certains partent avec des milliers d’euros aux foires aux vins, après avoir repéré dans les catalogues. Le panier moyen du consommateur reste lui compris entre quelques dizaines et quelques centaines d’euros, de 300 à 400 euros sur les sites spécialisés sur Internet. Quant aux vignobles, ceux de Bourgogne et de Champagne sont les plus chers. Bordeaux, lui, est constitué de choses très hétérogènes, avec des Petrus à plus de 1 000 euros, et des vins à 2,50 euros la bouteille en Bordeaux ou Bordeaux supérieur.

TLB : Doit-on se laisser séduire par les vins étrangers ?

A.C. : Il y a de très bons vins dans tous les pays : en Italie, en Espagne, au Chili, en Argentine ou en Afrique du Sud. Il y a également de très bons blancs en Allemagne ou en Suisse. De manière générale, la plupart des pays proches du 45e parallèle sont capables de produire de très grands vins. Même la Chine. La France n’a pas le monopole du grand vin. Mais sur les vins étrangers aussi, il ne faut pas y aller à l’aveugle. Il vaut mieux goûter ou lire des revues de référence. Quant aux prix, les vins étrangers que l’on trouve dans nos rayons sont souvent faits sur de grands volumes, avec des techniques plus industrielles. Les prix sont serrés mais le coût du transport les ramènent à peu près au prix des vins français.

TLB : Quelques conseils à suivre pour trouver « son » vin ?

A.C. : L’idéal est de pouvoir le goûter, car en France, les amateurs ne sont pas si nombreux et on n’a pas trop de notions de dégustation. On peut parfois goûter au cours de soirées organisées la veille des foires aux vins. Il suffit de s’y faire inviter. Autrement, il faut se fier à des guides, des revues qui ont goûté les vins pour vous. De manière générale, il faut se faire conseiller. Le prix d’un guide, par exemple, équivaut souvent à celui d’une ou deux mauvaises bouteilles.

Propos recueillis par Benjamin Hay

Crédit photos : Andy Mitchell – Document remis

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