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Laver son linge chez le voisin

En consommant « collaboratif », on peut partager -presque- tous les objets du quotidien. Même sa machine à laver le linge, grâce à des sites comme la Machine du voisin, crée à Lille en 2011.

D’un coté, des propriétaires de machine à laver qui souhaitent en rentabiliser l’utilisation, voire faire des rencontres. De l’autre, souvent des étudiants dépourvus de machine, faute de place chez eux ou de moyens. La Machine du voisin est venue lier les deux il y a trois ans, à la suite d’une recherche désespérée. Celle d’une laverie automatique dans le vieux-Lille. « Un ami (Yann Gegenheimer, 24 ans, devenu co-fondateur du concept) n’avait pas de place dans son appartement pour installer une machine à laver, se souvient Jean-Philippe Allain, 25 ans, co-fondateur du site. Il a fini par trouver l’adresse d’une laverie qui s’était transformée entre temps en magasin d’informatique ».

Sur le chemin du retour, « avec son linge sur le dos », germe ainsi l’idée « qu’il serait plus convivial d’utiliser la machine du voisin, qui ne lui sert que deux ou trois fois par semaine ». L’idée devient un projet, lorsque les deux compères entrent en école de commerce, à Lille. « Pour notre semaine d’intégration, nous devions trouver un projet censé ne durer qu’une semaine. Mais on s’est dit que l’idée pouvait être porteuse », rapporte le jeune homme.

Plutôt un rôle « social »

Initialement, ils étaient quatre. Mais c’est à deux qu’ils ont poursuivi l’aventure, en créant une association à but non lucratif. L’un -Jean-Philippe, devenu président- s’occupe « surtout du coté site web et des partenariats », Yann étant « plus sur le community management ». Et trois ans plus tard, le projet éphémère s’est muée en affaire qui roule : 2 800 annonces de « loueurs », environ 10 000 inscrits et 500 à 1 000 visites par jour. « On savait que ça allait marcher, mais pas à ce point-là. Avec un investissement de départ quasi-nul, on n’avait rien à perdre et vu sous cet angle, c’est plutôt une réussite, même si ce ne sont pas les chiffres de l’autopartage », confie le président de l’association.

Le concept s’est depuis exporté dans d’autres villes (huit villes au total dont Marseille, Lyon, Bordeaux…). « C’est l’aspect social qui explique son développement, explique Jean-Philippe Allain. L’économie, elle, est assez faible, environ cinquante centimes d’euro par lavage. Tout dépend de la ville où l’on se trouve, mais ce n’est pas le premier argument du site ». Les utilisateurs sont en majorité des retraités du coté des loueurs et « à 95% » des étudiants pour les « sans machine fixe ».

Un avenir à dessiner

La mise en ligne de l’annonce est gratuite pour les « voisins » -les possesseurs de machine-, libres de fixer leur tarif, en moyenne trois euros par cycle. Les « sans machine fixe » n’ont qu’à trouver leur bonheur via le moteur de recherche du site, et ne règlent que l’utilisation de la machine à son propriétaire. Sans service payant ni publicité, la Machine du voisin ne rapporte ainsi pas un centime à ses deux dirigeants. Et ne leur coûte qu’une centaine d’euros par an pour l’héberger. « On a longtemps réfléchi à un business model, concèdent ses fondateurs. Nous avons des pistes, des discussions sont en cours avec une grande entreprise pour se faire un peu financer et développer encore le site. A savoir renforcer le moteur de recherche et, pourquoi pas, de lancer un service plus large autour de l’entretien textile ».

Aujourd’hui, le site tourne par lui-même, sans demander trop d’engagement à ses dirigeants. Ces derniers sont actuellement étudiants en école de commerce, à Sophia-Antipolis, près de Nice, spécialisés dans le web marketing. En lisant entre les lignes, on comprend que la Machine du voisin devrait survivre à leur entrée dans la vie active. « Tout cela peut se faire à coté d’une activité professionnelle, sachant que nos métiers tourneront autour de la consommation collaborative ». Affaire à suivre, donc.

Benjamin Hay

© Kzenon – Fotolia.com

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