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« Le don pour être utile à la société »

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Plus d’un Français sur deux (57%) donne « régulièrement » aux associations. C’est ce qui ressort de la dernière étude TNS Sofres/Mediaprism pour le syndicat professionnel France Générosités. Matthieu Hély, sociologue et maître de conférences à l’Université Paris Ouest-Nanterre, analyse pour touslesbudgets.com le rapport qu’entretiennent les Français avec le don.

Touslesbudgets.com : 57% des Français disent donner régulièrement aux associations. Quelle interprétation donner à ce résultat ?

Matthieu Hély : On observe -notamment à partir des sources fiscales- une explosion des dons depuis le début des années 2000. On sait que l’on peut défiscaliser le don que l’on fait à une association, de 66 à 75% selon la cause. Et ces sources fiscales montrent qu’il y a de plus en plus de foyers fiscaux qui pratiquent cette défiscalisation. Pour donner un chiffre assez significatif, le montant de cette défiscalisation représente aujourd’hui plus que le montant des subventions publiques attribuées par l’État aux associations.

TLB : De quoi est-ce le signe ?

M.H. : D’un changement très profond dans la manière d’organiser la solidarité, qui s’individualise. C’est aussi le signe d’une transformation du rapport des associations à l’État mais également, plus largement, de leur place au sein de la société. Dans la tradition française, c’est l’État qui est l’incarnation de l’intérêt général, or cette représentation classique est en train de s’effriter. Aujourd’hui, ce n’est plus lui qui a la légitimité de désigner telle ou telle cause participant au bien commun. Ce sont de plus en plus les individus ou en tout cas les contribuables -à défaut de représenter tous les individus-, qui ont la légitimité de choisir la cause qui leur tient à cœur.

TLB : De manière générale, les Français sont-ils généreux ?

M.H. : Oui. Les dons financiers sont de plus en plus importants (en moyenne 366 euros chaque année par foyer fiscal, soit la moitié des foyers français, ndlr). Après, il faut sortir du jugement moral. Il y a des formes de solidarité qui ne passent pas forcément par le don financier, il est donc très difficile de savoir s’ils sont vraiment plus généreux maintenant qu’auparavant.

TLB : Pourquoi donne t-on autant ?

M.H. : L’un des premiers motifs, c’est le sentiment d’être utile à la société, que l’on retrouve aussi dans l’engagement bénévole. Ce qui est intéressant, c’est de constater que les donateurs sont souvent aussi des bénévoles associatifs, car il y a des caractéristiques similaires dans le fait de donner financièrement et de s’engager bénévolement. La pratique religieuse joue aussi un grand rôle.

TLB : Qui sont ceux qui donnent le plus ?

M.H. : Statistiquement, ce sont plutôt des femmes bien intégrées socialement, avec un niveau de revenu supérieur à la moyenne. Les urbains donnent en outre beaucoup plus sous forme d’argent que les ruraux, qui donnent davantage sous forme alimentaire ou de vêtements. Car la solidarité au niveau rural est beaucoup plus directe, beaucoup plus personnalisée. Alors que dans les grandes villes, c’est l’anonymat, l’impersonnalité, donc on va plutôt donner sous forme d’argent. On observe aussi que ceux qui gagnent le moins donnent plus que ceux qui gagnent le plus, proportionnellement à leurs revenus.

TLB : Les crises économiques ont-elles un impact sur les dons ?

M.H. : Fiscalement, on n’observe pas de baisse des dons, c’est même plutôt le contraire. Ça peut paraître étonnant, mais si vous regardez les données récentes de l’Insee sur l’évolution des inégalités de revenus, vous pouvez voir que les 5% de revenus les plus élevés n’ont pas constaté de baisse de leurs revenus. Ils ont même relevé une augmentation. C’est donc plutôt cette catégorie-là qui va donner.

TLB : Dans quoi donne t-on le plus ?

M.H. : Dans tout ce qui concerne les enfants etc. C’est justement là qu’il y a un soucis : la hiérarchie des causes change quand on fait appel à la générosité privée plutôt qu’à l’État et il y a un vrai danger à ce que ce soient les causes qui suscitent le plus de compassion qui entraînent le plus d’adhésion. Les détenus homosexuels atteints du VIH, par exemple : qui va donner pour eux ? C’est pour cela que le financement public doit rester important dans le soutien au monde associatif.

TLB : Les dons sont-ils indispensables aux associations ?

M.H. : De plus en plus, dans la mesure où les financements publics diminuent -en tout cas les subventions-. Pour preuve, beaucoup d’associations mettent en place une stratégie de dons auprès du public. C’est devenu un budget important. Bien des associations ne pourraient pas vivre sans les dons et le mécénat d’entreprise, qu’il ne faut pas oublier. Lui aussi s’est beaucoup développé pour des raisons d’incitation fiscale. Pour donner un ordre d’idée, les dons et le mécénat d’entreprise représentent deux milliards d’euros. La subvention publique, c’est un milliard deux cent millions d’euros.

TLB : Y’a t-il une saisonnalité dans le don ?

M.H. : Je crois que oui. En plein hiver, les gens sont plus émus et l’émotion joue beaucoup dans le don. A cette époque, on voit beaucoup de reportages sur les SDF etc. -même s’ils autant dans le besoin l’été-.

Propos recueillis par Benjamin Hay

Illustration Unicef/Facebook

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